Selon un mythe encore vivace de nos jours, l’origine du jeu d’échecs se perd dans la nuit des temps. Depuis qu’un archéologue a mis au jour tel manuscrit grec vieux de 6000 ans et reproduisant un échiquier, il s’est trouvé plus d’un historien zélé pour ramener la pratique du jeu à l’époque de Mathusalem. Mais des recherches modernes suggèrent plutôt que ce fameux «échiquier» représente en réalité un bien banal plan militaire.

Aujourd’hui, on croit que toute l’idée du jeu remonte à l’an 326 avant notre ère, alors qu’Alexandre le Grand massait ses troupes aux portes de l’Orient. On lui oppose alors les quatre divisions de l’armée hindoue : chariots, éléphants, cavalerie et infanterie. Mais il faudra encore attendre près de 1000 ans avant que quelqu’un songe à immortaliser cette bataille, restée mémorable, dans un divertissement réservé aux grands de ce monde. Le calendrier qui suit brosse les grandes lignes de l’évolution de ce qui allait devenir un des jeux les plus populaires au monde, les échecs.

Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Échecs#Histoire

an 600 De l’esprit génial d’un philosophe (demeuré anonyme) jaillit le chaturanga, jeu de stratégie dont l’intrigue constitue la reproduction fidèle d’une bataille rangée entre deux armées antiques. En plus du roi et du vizir, chaque camp dispose de deux chariots, deux cavaliers, deux éléphants et huit fantassins. Il s’agit d’un jeu très lent, notamment à cause des pièces cheminant en diagonale: le vizir se déplace d’un pas à la fois, tandis que l’éléphant bondit (!) de deux cases en deux cases. Apparu en Inde, le chaturanga se répand peu à peu dans les pays arabes pour finalement gagner l’Europe et le reste du monde. Père des échecs modernes, il engendre aussi le shogi, principal rival du jeu de go au Japon, et les échecs chinois, très prisés en Extrême-Orient avant la venue de Mao au pouvoir.

1275 La religion catholique ne s’oppose plus à la pratique des échecs, jusque là considérés comme un jeu diabolique. Le vizir devenu «vierge» puis «reine», ainsi que les transfigurations respectives des éléphants et chariots en fous du roi (et de la reine) et tours, témoignent de la récupération du jeu par la société française médiévale.

1485 La nouvelle règle accordant à la reine et au fou leur puissance actuelle marque le début des échecs modernes. Le jeu devient tellement rapide qu’on juge préférable d’annoncer «Échec au roi» et «Gardez la reine».

 

 



1561 Le moine espagnol Ruy Lopez publie son fameux Livre de l’invention libérale et de l’art du jeu des échecs. Il introduit deux modifications majeures propres à favoriser l’attaque et l’ouverture des lignes, soit la faculté pour le pion d’avancer d’abord de deux cases, ainsi que la règle controversée de la prise en passant.

1640 Un coup original de roi, le roque, existait depuis quelque temps déjà sous de multiples formes. On s’entend enfin sur une seule manière de faire, tant sur l’aile de la reine que du côté roi.

1793 Les lendemains de la Révolution Française affichent une nette hostilité envers tout symbolisme rappelant la monarchie. Ainsi, la reine se mue en dame, tandis qu’on a sérieusement proposé de transformer les tours en «canons».


1861 Le match Kolisch-Anderssen inaugure le principe d’un temps-limite de réflexion et l’utilisation régulière de la pendule en compétition. Vers la même époque, on corrige une lacune des règlements, qui permettaient à un pion rendu à l’autre bout de l’échiquier de ne pas se transformer en pièce... autrement dit, de faire le mort.

 

 


1925 Le champion du monde Jose Raoul Capablanca prédit la mort des échecs sous leur forme actuelle, et recommande la venue de deux nouvelles pièces hybrides sur un échiquier 10x8. Le «chancelier» hériterait des pouvoirs de la tour et du cavalier, tandis que l’«archevêque» s’approprierait la marche du fou et du cavalier.

 



1997 Le champion du monde Garri Kasparov mord la poussière devant l’ordinateur Deeper Blue dans un match de six parties. Certains prétendent que le jeu d’échecs ne s’en relèvera pas...