Qu’importe le domaine d’excellence, les premiers pas sont souvent annonciateurs de l’avenir. On arrive en ce bas monde avec un bagage génétique mais aussi dans un milieu qui ne peut pas ne pas influencer notre vie. Quand Jean Hébert est né le 11 novembre 1957 il était le benjamin de la famille avec une différence d’âge notable; cet écart a contribué à forger un tempérament propice au jeu d’échecs. Au lieu de s’amuser avec son camion de pompier ou ses soldats de plomb, Jean s’est rapidement intéressé aux jeux de ses frères aînés : cartes et, un peu plus tard les échecs. Je me souviens très bien des parties de cartes avec des amis et un petit bonhomme qui ne savait ni lire ni écrire mais qui jouait déjà au « cœur ». Vers l’âge de 5 ans, il apprit le mouvement des pièces et commença à jouer tous les jours avec ses deux frères. Je n’ai jamais remarqué chez lui une compréhension phénoménale du jeu; il n’était pas un phénomène. Alors il a joué des centaines de parties, encaissé des centaines de défaites mais son intérêt ne diminuait pas. Il faut dire aussi ques ses adversaires s’amélioraient également. C’est d’ailleurs à cette époque que j’ai découvert la notation et les livres d’échecs. Ce fut ensuite les premiers tournois en 1962.

Quelques années plus tard, Jean participait au tournoi du Carnaval, le premier, je crois, en 1966. Il venait d’avoir 8 ans et se retrouvait avec une soixantaine d’adultes. Il ne fut pas déclassé en terminant avec 2 victoires et 3 défaites, ½ point devant son grand frère! Sa présence attira les journalistes et les Échecs eurent droit à une photo dans « Le Soleil »

Pour des profanes, qu’un enfant de 8 ans puisse tenir tête à quelques adultes, tient du prodige. Pour la plupart des joueurs ce n’est ni remarquable, ni extraordinaire.

La progression de Jean fut normale. Il avait 2 adversaires à la maison et il commença à participer aux activités locales. Tout d’abord, le chroniqueur de « L’Action », P.-H. Nadeau organisa un match avec un jeune de 15 ans. Jean réussit à gagner 2 parties sur 6 la première année. L’année suivante, il dominait les quelques joueurs de cette catégorie. Il passa ensuite avec les « grands » c’est-à-dire les juniors. Il n’en demeure pas moins que ses progrès ne furent jamais fulgurants. Pendant plusieurs années, sa cote et la mienne furent à peu près identiques mais il participait à tous les tournois ouverts de Serge Lacroix. En fait, le grand bond en avant se produisit quand je quittai la région en septembre 1971. Les mauvaises langues diront que son premier « entraîneur » lui nuisait beaucoup plus qu’il ne l’aidait!! Je ne l’ai jamais entraîné; je me contentais de l’amener aux tournois, de payer son inscription et de l’encourager! Il a appris seul avec mes livres et revues.

Marc Hébert